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Le
SIG
, un Système d'Information d'entreprise comme un autre ? La présentation « historique » des SIG proposée dans la partie "Cartographie numérique" du menu principal du site nous cache certains aspects pourtant déterminants de leur évolution. En effet, à la lecture de ces lignes, nous pourrions conclure à un ensemble d’outils permettant d’analyser des données géographiques afin d’en extraire des informations destinées à la résolution d’un problème propre à une thématique. Dans ce cadre précis un SIG n’est ni plus ni moins qu’une suite logicielle pouvant s’insérer dans le processus de création d’une carte (cf. Figure 1). Cependant, dans SIG il y a SI… C'est-à-dire un ensemble organisé de ressources (personnels, logiciels, procédures, matériels, etc.) permettant de stocker, d'acquérir, de structurer et de communiquer des informations sous des formes diverses (textes, images, sons, etc.) dans une organisation  Figure 1. Les phases de conception et de réalisation d’une carte. Présenté par Didier Poidevin dans son livre « La carte, moyen d’action », ce tableau montre bien que les processus de création d’une carte sont identiques quels que soient les outils utilisés. Les applications SIG, souvent limitées dans leurs capacités de DAO, pourraient très bien insérer une étape supplémentaire dans la conception sans modifier ce déroulement global.
Dans ce contexte, il est alors nécessaire de dépasser le cadre purement logiciel et technique afin de bien comprendre ce qu’est un SIG en 2009 (cf. Figure 2). Même si les applications informatiques supportent l’essentiel du travail d’analyse des données géographiques, un SIG s’intégrant dans une organisation est beaucoup plus que cela, surtout dans le cas de son implémentation au sein du Système d’Information de l’entreprise. La définition de Michel Chesnais arrive donc ici à point nommé : « un SIG est un ensemble de moyens humains et matériels qualifiés pour la gestion et l'interprétation des données géographiques ». Fort de cet éclaircissement, nous pouvons ici entrevoir une seconde différence de taille avec les logiciels de DAO. Si ces derniers ne bouleversent pas profondément l’organisation dans laquelle ils se situent, il en va tout autrement pour l’intégration d’un SIG dans une entreprise. Une démarche complète de gestion de projet est alors requise afin de réussir l’implémentation de ce nouveau Système d’Information dans une société, notamment si plusieurs départements doivent être impactés. Effectivement, les SIG sont de moins en moins isolés et deviennent définitivement des outils transverses (ou multithématiques) contrairement à ceux de DAO qui restent aux mains des spécialistes de la cartographie de part les qualités artistiques (entre autres !) nécessaires. Cet aspect « horizontal » (ou multisectoriel) est un autre point important à souligner. Les SIG vont permettre de relier et d’interconnecter de nombreux intervenants qui n’avaient peut-être pas de rapports tangibles au sein de l’organisation. Plusieurs visions de la même problématique vont donc pouvoir se confronter autour du SIG du fait de ses capacités à croiser les données et synthétiser les diverses approches. Le SIG n’est plus simplement un facteur de décloisonnement des services mais il améliore vraisemblablement les procédures de prise de décision. 
Figure 2. La représentation des parties d’un SIG par Roger Tomlinson dans « Thinking about GIS » n’est-elle pas trop étriquée pour un ouvrage souhaitant parler du processus d’implémentation d’un SIG dédié aux managers ? Tout dépend en fait de l’angle d’attaque et du point où nous nous situons par rapport à cet outil. Il est évident qu’un utilisateur de Google Earth ne peut pas se placer face au SIG comme le ferait le GIS Manager de Google !
L’exemple du géomarketing est particulièrement remarquable : la suite logicielle va concourir à rassembler les commerciaux, les chargés d’affaire et les responsables de la stratégie d’entreprise autour de la même table (Cf. Figure 3). Mais cette multidisciplinarité peut s’entrevoir ailleurs que dans l’entreprise. Ce besoin de traitement de données géographiques peut se trouver dans de nombreux laboratoires de recherche et faire se rencontrer des acteurs de disciplines différentes. A ce titre, plusieurs exemples sont particulièrement intéressants. Le premier concerne une collaboration entre géographes et historiens sous la tutelle de Jean-Luc Arnaud. Dans son livre « Analyse Spatiale, cartographie et histoire urbaine », il tente en effet de promouvoir un renouvellement des pratiques de l’histoire urbaine grâce aux outils d’analyse spatiale des SIG. L’étude réalisée par Perrine de Crouy-Chanel sur la corrélation entre l’exposition indirecte à l’amiante et l’asbestose est une forme de collaboration encore plus originale puisque nous assistons à la rencontre d’un manager SIG avec des médecins de l’Institut de Veille Sanitaire de Saint-Maurice. Ces exemples nous laissent entrevoir des possibilités quasi illimitées de coopération extrêmement bénéfiques autour des SIG. Toutefois, un autre aspect de mutualisation et d’échange des données géographiques est à envisager : celui de l’urbanisation des outils géomatiques dans le SI de l’entreprise lui-même. Pour cela, le travail de standardisation de l’Open Geographic Consortium (OGC), qui vise surtout à rendre les SIG interopérables entre eux, apporte une réponse aux géomaticiens mais ne satisfait pas totalement les informaticiens. En effet, et comme le dit Henri Pornon, « l’évolution vers des architectures urbanisées est inéluctable et ne passera pas par WMS ou WFS, mais par WSDL, SOAP et les autres standards W3C(1) , ainsi que par la mise à disposition de fonctions SIG sous forme de fonctions standardisées. Ceci nécessite que la différence entre webmapping et service web d’une part, et le décalage entre les approches « informatiques » et « géomatiques » des services web d’autre part, soient assimilées par les géomaticens ». Cette citation peut paraître assez rude car l’inverse peut être tout aussi vrai. Les informaticiens qui disposent d’une grande tribune mondiale et qui maitrisent les standards internationaux de normalisation dans le domaine des services Web (WSDL V2.0 – Web Services Description Language – est une recommandation officielle du W3C depuis 2007) et des protocoles de transmission (SOAP – Simple Object Access Protocole) pourraient très bien acquérir les compétences des géomaticiens (voire intégrer les services web cartographiques dans leurs propres services web normalisés), surtout si le SI de l’entreprise propose des capacités de traitement simplifiées de l’information géographique afin que chaque collaborateur soit capable d’utiliser ces données convenablement sans l’intervention d’un spécialiste de l’information géographique. En conclusion, et dans un futur contexte d’outils SIG complètement intégrés dans le SI de l’entreprise, un expert dans un domaine particulier (marketing, architecture, etc.) correctement formé à l’utilisation de ses outils SIG « métier » et supporté par un informaticien qui aurait reçu lui-même une instruction suffisante pour pallier aux difficultés d’interopérabilité des données géographiques (seule réelle contrainte technique non connue par un informaticien) serait tout à fait apte à remplacer des géomaticiens disposant d’une formation académique pourtant beaucoup plus lourde.
Figure 3. Ces zones isochrones réalisées avec GeoConcept nécessitent une collaboration importante entre plusieurs parties prenantes de l’entreprise afin de prendre les bonnes décisions pour un développement éventuel de son activité commerciale. Le SIG, tout comme le SI, devient dès lors un vrai outil fédérateur pour qui sait l’implémenter correctement dans l’organisation de la société. Tout comme un SI classique, le SI(G) efficace doit s’intégrer pleinement à la stratégie de l’entreprise. Il est évident qu’au vu de la simplification des outils (comme par exemple GeoConcept Sales & Marketing), les géomaticiens « généralistes » ne seront plus vraiment indispensables dans les entreprises qui disposeront d’une politique de formation continue forte et de knowledge management performant.
Philippe Lépinard Juillet 2009 ------------------------------------------------------------------------------------------ (1) Le World Wide Web Consortiom est un organisme de standardisation à but non-lucratif. Fondé en octobre 1994, il est chargé de promouvoir la compatibilité des technologies du World Wide Web telles que HTML, XHTML, XML, RDF, CSS, PNG, SVG et SOAP. Le W3C n'émet pas des normes au sens européen, mais des recommandations à valeur de standards industriels (définition provenant de Wikipédia). Conseils de lecture : SIG BORDIN Patricia, SIG, Ed. Lavoisier, 2002. DA SILVA Albert et DANIAUD GALET Christine, GeoConcept pour le géomarketing version 6, Ed Foucher, 2006. DA SILVA Albert et DANIAUD GALET Christine, GeoConcept pour le géomarketing version 5.5, Ed. Foucher, 2004. DENEGRE Jean et SALGE François, Les Systèmes d’Information Géographiques, Ed. PUF, 2004. DRUMMOND Jane, BILLEN Roland, JOAO Elsa et FORREST David, Dynamic and mobile GIS, Investigating Changes in Space and Time, Ed. CRC Press, 2007. GODIN lisa, GIS and Telecommunication, Ed. ESRI Press, 2001. HARMON John et ANDERSON Steven, The design and implementation of Geographic Information Systems, 2003. LANG Laura, Managing Natural Ressources with GIS, Ed. ESRI Press, 1998. LATOUR Philippe et LE FLOC’H Jacques, Géomarketing, Ed. Editions d’Organisation, 2001. SEINBERG Jean, Cartographie, Systèmes d’Information Géographique et télédétection, Ed. Armand Colin, 2003. TOMLINSON Roger, Thinking about GIS, Geographic Information System Planning for Managers, Ed. ESRI Press, 2007. ZEILER Michael, Modelling our world, Ed. ESRI Press, 1999. SI FIMBEL Eric, Alignement stratégique : Synchroniser les systèmes d'information avec les trajectoires et manœuvres des entreprises, Ed. Village mondial, 2007. OLIVESI Stéphane (dir.), Sciences de l’information et de la communication, Objets, savoirs, discipline, Ed. PUG, 2006. PILLOU Jean-François, Systèmes d’Information, Ed. Dunod, 2006. ROWE Frantz et MARCINIAK Rolande, Systèmes d’Information, Dynamique et Organisation, Ed. Economica, 2005.
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